Ivan Le Terrible

 

L’histoire d’Ivan le Terrible, 1er tsar de Moscou au XVIe siècle, est une intrigue shakespearienne à la cour russe : une enfance marquée par la terreur d’être assassiné par les boyards, des empoisonnements et intrigues de cour, puis l’assassinat de sa femme le plongent dans la cruauté, la paranoïa et la folie mystique.

Une ascension colossale qui, admirée par Joseph Staline, incite celui-ci à commander au cinéaste Sergueï Eisenstein un film visant à réhabiliter le tyran controversé. Artiste désormais au service du pouvoir, en pleine guerre mondiale, Eisenstein vivra cette création déchiré entre son propre désir de cinéma et le regard inquisiteur du Politburo.

Un exemple historique d’une histoire plus universelle : celle de l’art au service de la propagande.

 

Contexte historique et chronique d’un tournage

En janvier 1941, en Russie Soviétique, le cinéaste Serguei Eisenstein est sommé par Andreï Jdanov, responsable de la propagande, d’apporter sa contribution cinématographique au culte du chef, en canonisant la figure héroïque du « premier tsar de toutes les Russies », Ivan Le Terrible, et en reconsidérant positivement sa personnalité et son action politique. Il s’agit d’exalter la grandeur de la nation russe et, métaphoriquement, de son leader : Joseph Staline.

La préparation du film commence en 1941 peu de temps avant l’invasion des troupes allemandes. Eisenstein  se lance à corps perdu dans l’écriture d’un scénario en trois parties.

La Mosfilm valide le scénario et décide de produire le film mais le tournage est ajourné par l’entrée en guerre de la Russie. Il débutera véritablement en 1943 dans les studios cinématographiques repliés à Alma-Ata, près des monts Oural.
Après des conditions de tournage difficiles, marquées par le froid et la guerre, la première partie du film sera terminée en octobre 1944 et vaudra à Eisenstein le prix Staline. Ivan le Terrible sera le seul film réalisé en tant de guerre qui n’ait pas la guerre pour sujet.

La deuxième partie s’attache à la solitude du tyran : un tsar qui fait le vide autour de lui et sombre dans la paranoïa. La Conjuration des Boyards sera terminée en 1946.

Ce second volet déplaît à Staline qui a comme première réaction : « Ce n’est pas un film, c’est un cauchemar ! ». En mars 1946, le Comité central décrète le film antihistorique et antiartistique et interdit sa sortie sur les écrans.

Coïncidence tragique, le réalisateur qui ignore alors cette censure, est presque terrassé par un infarctus le jour où paraît l’article dans la Pravda, alors qu’il fête avec des amis le prix Staline obtenu pour la première partie du film.

Lorsqu’il sort de l’hôpital, il décide de terminer son oeuvre mais, contraint de faire son autocritique, il ne peut pas reprendre cette deuxième partie comme l’exige Staline.
Il meurt le 11 février 1948 dans son appartement, tandis qu’à la radio un communiqué du Comité central condamne la musique de Prokofiev pour formalisme.

La deuxième partie d’Ivan le Terrible ne sortira qu’en 1958.

 

Ivan le Terrible, le personnage historique

Ivan IV Vassiliévitch (1530 – 1584), dit Ivan le Terrible,  devint le premier tsar de Russie. Personnage très controversé, homme de guerre courageux, législateur et administrateur habile, il rendit dans la première partie de son règne de grands et durables services à la Russie. Mais les 25 années suivantes furent, sous le rapport de la férocité, sans exemple dans l’histoire : on l’eût dit atteint de folie furieuse ; il se croyait persécuté par tous ceux qui l’entouraient, dont il envoya un grand nombre au supplice.

Ivan IV devient Grand Prince de Russie à l’âge de trois ans, à la mort de son père Vassili III. En attendant sa majorité, sa mère Hélène Glinskaïa assure la Régence, mais elle meurt cinq ans plus tard, probablement empoisonnée, laissant l’État aux Boyards qui cherchent à prendre le pouvoir. Ivan passe son enfance dans une ambiance de haine, dans la crainte permanente d’être assassiné. Ses loisirs se partagent entre la torture d’animaux, la chasse et la maltraitance des villages alentour.

Il donne en outre des signes d’une personnalité très contrastée : d’un côté homme intelligent, très affairé, dynamique, prenant à cœur sa responsabilité de souverain ; de l’autre, c’est un homme très déséquilibré, au psychisme fragile, sujet à de violentes sautes d’humeur et à de longues dépressions. Autodidacte, il s’intéresse aux Saintes Écritures et, à force de se prosterner devant les icônes, son front porte la trace d’une callosité.

 

En 1547, Ivan IV est le premier grand-prince moscovite à être couronné Tsar de toutes les Russies. Il a seize ans et se croit investi d’une mission divine. La même année, il épouse Anastasia Romanovna, de la famille des Romanov, dont il sera très amoureux et qui aura sur lui une influence apaisante.
Les premières années de son règne sont consacrées à une modernisation de la Russie : il réorganise le pays, renforce sa position, réforme le système administratif et judiciaire, met en place un nouveau code de lois, limite les pouvoirs des gouverneurs de provinces. Pendant treize ans, grâce aux conseils de sa femme et de quelques proches, Ivan gouverne avec une sagesse relative. Mais à la mort de la tsarine en 1560, qu’il soupçonne d’avoir été empoisonnée, un verrou saute dans son cœur, libérant tous ses bas instincts .
Il durcit le régime, édicte des lois restreignant la liberté des paysans, qui conduiront ensuite au servage.
Il se lance dans un régime de terreur contre les Boyards qu’il hait depuis sa jeunesse. En 1564, il abdique, part de Moscou puis remonte sur le trône sous la pression populaire. Il prend alors une partie de la Moscovie, la dirige lui-même et crée l’opritchnina, escadron de la mort et police secrète, constituée de 6000 opritchniki , connus pour leur violence et leur férocité. Désormais « Le Terrible », il invente les supplices les plus abominables et prend plaisir à se rendre dans les prisons, accompagné de son jeune fils Ivan, pour assister à la torture des condamnés.

Comme Henri VIII d’Angleterre, son contemporain, il se mariera à sept reprises après Anastasia, et répudiera ou fera assassiner plusieurs de ses femmes.

En 1581, Ivan le Terrible cause la mort de son fils aîné Ivan Ivanovitch, compagnon de tous ses travaux, de tous ses vices et de tous ses crimes, en le frappant mortellement de son sceptre. Il meurt 3 ans après, le 18 mars 1584.

Au fil de son règne, Ivan IV a agrandi les frontières de l’empire avec le royaume tatar de Kazan et Astrakhan qui donnent un accès à la Volga.

 

La propagande, l’art et le pouvoir

A travers l’histoire du tournage du film d’Eisenstein, le spectacle pénètre les mécanismes modernes de la propagande, et tente d’élargir cette vision au pouvoir de l’art. Quelle marge de liberté créatrice en dictature ? Pourquoi la première des interdictions d’un régime totalitaire concerne-t’elle la liberté d’expression ?
Les dictateurs se servent de l’art pour promouvoir leurs idées, réécrire l’Histoire. Dans de telles conditions, quelle est la marge de manœuvre de l’artiste ?
Eisenstein s’est sorti de la pression du pouvoir en écrivant un film esthétique. Ce sujet, tristement d’actualité, résonne dans bien des parties du monde.

 

Entre le palais d’Ivan Le Terrible et le tournage du film d’Eisenstein

L’ascension d’Ivan le Terrible et son évocation par Eisenstein, quatre siècles plus tard, sont deux thèmes forts qui s’intercalent dans une narration à tiroir.

D’un côté, l’histoire d’Ivan le terrible, intrigue shakespearienne à la cour russe : une enfance marquée par la crainte perpétuelle d’être assassiné ; les complots permanents des boyards, les empoisonnements et les intrigues de cour, l’assassinat de sa femme qui le plonge dans la cruauté, la paranoïa et la folie mystique.

De l’autre, l’histoire contemporaine d’un artiste au service du pouvoir, sans cesse déchiré entre son propre désir de cinéma et le regard permanent et inquisiteur du bureau de propagande soviétique.

 

Scénographie et Costumes

Pour évoquer cette fresque historique, nous plongeons dans l’esthétique russe : icônes, couleurs flamboyantes, dorures, lustres : une enceinte nourrie d’architecture orthodoxe, abritant un plateau carré et le public réparti sur trois côtés ; un plateau nu pour
nous permettre d’y projeter nos histoires, afin que les décors soient évoqués plus que montrés, et que l’imaginaire du spectateur échafaude son propre Kremlin. Sur un côté, une tente berbère pour les musiciens et la régie L’ensemble a l’allure d’une armée en campagne.

Ce théâtre-aux-icônes peut prendre place en extérieur, sur le plateau des salles ou au parterre si les gradins sont rétractables, ou dans tout autre espace suffisamment grand pour l’accueillir.

Les costumes font partie intégrante de notre scénographie : utilisation de matériaux nobles et d’étoffes chatoyantes, tout l’amour que nous avons toujours mis dans le décor se met au service d’une galerie de costumes qui en eux-mêmes constituent l’élément essentiel de l’esthétique.

 

Musique et chant

L’univers sonore est proche du cinéma muet. Le texte est soutenu par une fresque vocale et par des instruments percussifs et mélodiques. La bande originale du film d’Eisenstein, signée Serge Prokofiev, est très chantée, proche de l’opéra. Dans notre spectacle, elle s’éloigne de la musique d’origine pour créer une interprétation de cette épopée historique, en conservant l’esthétique des mélodies russes, mêlée d’influences orientales, tout en gardant la signature musicale propre aux spectacles du Rugissant : sons de cymbalum, de cloches et de percussions, d’accordéon et d’instruments à cordes tissent une musique riche en thèmes, parfois dissonante, aux rythmes complexes, parfois aérienne avec la mélodie épurée d’un piano. Musique narrative, tantôt inquiétante, tantôt explosive.
Une fresque vocale, composée de six voix, vient soutenir l’image et provoquer par le biais du chant l’illusion d’un orchestre symphonique : des chants originaux, proches des polyphonies slaves ou orientales, viennent ponctuer l’image, remplacent parfois le dialogue et nourrissent le spectacle d’un univers musical riche et coloré.

 

Marionnettes et Masques

 

Lorsqu’on découvre le film d’Eisenstein, on est frappé par la scène d’ouverture, « le couronnement du tsar », un choc esthétique : les comédiens sont costumés, maquillés, filmés d’une telle manière qu’ils semblent déjà être des marionnettes, une poignée de pantins complotant autour de la figure du Terrible.
Autour de quelques rôles principaux – Ivan, son épouse, Kourbski, le métropolite Philippe, Efrossinia et son fils, il y  a les Boyards, déclinés en clans.

 

C’est ce principe « clanique » que nous illustrons à notre tour avec plusieurs groupes de personnages : les Popes, les Tatars, les Boyards et les Florentins sont autant de pièces sur l’échiquier du pouvoir, manipulés par des comédiens masqués à l’identique. Ivan Le terrible, jeune et adulte, et le Dictateur sont des marionnettes à taille humaine.

 

Nous continuons notre compagnonnage avec Steffie Bayer, constructrice des marionnettes du Bal des Fous, de l’Oeil du judas et de Tout Seul.

 

L’équipe de la nouvelle création

Pour cette création, le spectacle s’enrichit de la présence d’artistes venant d’horizons différents : aux comédiennes-marionnettistes déjà présentes sur les spectacles du théâtre du Rugissant, Cathy Chioetto et Tamara Incekara, viennent se joindre Cyrille Atlan (Cie la Rigole), Erwan Valette (Les Vidéophages) et François Berardino (Cie Babylone, Oposito).

 

Distribution

Comédiens-Marionnettistes : François Berardino, Cathy Chioetto, Tamara Incekara, Cyrille Atlan, Erwann Valette

Musiciens : Natacha Muet, Simon Kastelnik

Régie Lumière : Julien Roure

Régie Son : Francis Lopez, en alternance avec Arthur Pons

Régie plateau : Patrice Cuvelier, en alternance avec Arnaud Vidal 

 

Création

Mise en scène : Arnaud Vidal

Musique : Natacha Muet

Marionnettes : Steffie Bayer

Scénographie et Décors : Arnaud Vidal assisté de Damien Molon et Arthur Pons

Peintures : Laurent Treneule

Costumes : Magali Castellan assistée de Clara Stacchetti

Lumière : Julien Roure

Son : Francis Lopez

 

Co-Production 

Théâtre du Rugissant – L’Atelier 231, Centre national des arts de la rue – Le Moulin Fondu, Centre national des arts de la rue – DRAC Ile de France et Compagnie La Constellation 

Avec le soutien de la DGCADRAC Midi-Pyrénées – Conseil régional Midi-Pyrénées – L’Usine, Centre national des arts de la rue (Toulouse-métropole, initiative FabeR) – Ville de Graulhet – Spedidam

 

Télécharger le dossier Ivan Le Terrible : Dossier artistique IvanLeTerrible

Télécharger la Fiche Technique :

Fiche technique IVAN LE TERRIBLE – extérieur

Fiche technique IVAN LE TERRIBLE – salle2versions

Télécharger la Revue de Presse : RevuePresseIvan

Photos Vincent Muteau et Xavier Cantat pour le Théâtre du Rugissant